Le maire de la Commune de Dschang a pris part, le 18 mars dernier à un atelier organisé aux services du Gouverneur de l’Ouest à Bafoussam, par l’Alliance pour la Maitrise de l’Eau Communes de l’Ouest pour l’amélioration concertée de l’offre de service d’eau potable dans un contexte de Covid-19 sur les territoires. L’atelier qui s’est inscrit dans le cadre du projet « Initiative de dialogue multi-acteurs pour la gouvernance de l’eau dans la région de l’Ouest (IDIMAG-Ouest »), a en outre mobilisé le représentant du Gouverneur de la région, le responsable de la Cam water, les magistrats municipaux, les sectoriels de l’eau et des acteurs de la société civile militante.
Les Communes de la Région de l’Ouest ont un problème commun : la non fonctionnalité de la plupart des ouvrages hydrauliques réalisés par les autorités publiques. Il devient à cet effet difficile pour les élus locaux de faire respecter l’ensemble des mesures barrières dont le lavage de mains recommandées contre la pandémie de la Covid-19. Le Maire de la Commune de Dschang, du haut de son expertise avérée de plusieurs années en adduction d’eau potable par forages en Afrique, et Expert CVUC en des question de développement local, a saisi la vitrine à lui offerte pour démontrer les insuffisances du circuit employé par certains projets hydrauliques. Ses interventions ainsi que celles de Beaudelin Dongmo Nguegang, responsable du projet IDIMAG-Ouest) ont édifié tous les acteurs présents à cet atelier. Les maires se sont rendu compte qu’ils doivent prendre au sérieux cette problématique, et agir en conséquence afin d’améliorer la desserte en eau potable sur leurs territoires.
Jacquis Gabriel Kemleu Tchabgou s’est voulu, manifestement, explicite. Selon ses propos, « il y a beaucoup de problèmes dans le secteur de l’eau de notre pays, l’Ouest constitue l’un des angles. La première préoccupation « à gérer, » c’est l’étude en relation avec les forages et captages. Parlant des forages, il est toujours très difficile de comprendre comment le MINEE réussit à lancer des appels d’offre sans avoir lui-même fait des études ; c’est un problème que « nous avons porté » au niveau national ».
L’édile de Dschang, dans un franc parler qu’on lui reconnait est allé plus loin pour interpeller les pouvoirs publics notamment le représentant du délégué régional du MINEE, Benoit Messanga, présent à l’atelier : « Au moment de la réalisation des dits ouvrages, vous n’êtes pas là (…), lors de la réception, vous n’êtes non plus là et vous signez les procès-verbaux. Et par la suite, vous êtes surpris que l’ouvrage ne soit pas fonctionnel ». Il a fait savoir à son auditoire que le plaidoyer de cette étude a été porté à l’intention du MINEPAT dans le cadre de la feuille de route des Communes et villes unies du Cameroun (CVUC). Pour lui, «il faut changer de paradigme parce que le ministère de l’économie s’est rendu compte que sur les points d’eau que l’on finance, 60% ne fonctionne pas et le directeur général de l’économie s’est rendu compte que c’est un gâchis financier ». « Il faut que les techniciens du MINEE disent au Ministre de céans qu’il y a un problème technique à régler. Quand ce sera fait, beaucoup d’argent sera sauvé. », a-t-il ajouté.
La question de la maintenance préventive a également été posée. Pour le Maire de Dschang, « Il faut souffler le forage après 6 mois pour décolmater les fissures, libérer les massifs filtrants aux fins de relever le débit d’eau pour éviter le tarissement. C’est dire que chaque commune doit avoir un compresseur d’air, au cas contraire, plusieurs mairies peuvent l’acquérir en réseau. Le troisième, c’est la maintenance curative qui est plus complexe. Les mairies n’en peuvent pas étant donné l’aridité de leur assiette fiscale qui hypothèque déjà le payement des salaires ».
Au cours des échanges, le maire de la commune de Bamendjou, René Kamdoum, qui avait déjà fait venir son homologue de Dschang dans sa commune pour un atelier similaire a, à travers son exposé montré que ce qui est fait à Dschang aujourd’hui est la solution qui s’impose : « les forages des profondeurs de 120 à 140 m sont désormais prescrits pour avoir de l’eau en abondance et que dans ce sillage, les pompes à motricité humaine ne peuvent plus remonter le précieux liquide en surface pour ravitailler les populations, dans le cadre de la réalisation des mini adductions d’eau recommandées, il faut développer l’énergie photovoltaïque pour les rendre autonomes et pérennes. Quand l’on sait que les coupures intempestives du courant ENEO ne leur permettront pas de fonctionner en temps plein pour le bonheur de ces populations » a-t-il lancé.
IL FAUT FAIRE ATTENTION
Des situations vécues par le Maire Kemleu sur son territoire ont ému l’assistance : « J’ai découvert deux points d’eau gérés par la région : un à FOSSONG-WENTCHENG à Dschang d’un montant de 62 millions Fcfa, non réalisé que l’on voulait déjà réceptionner. Le ministre de céans, saisi, a envoyé une mission à Dschang pour se rassurer que rien n’avait été fait. Donc, il y a des marchés que l’on lance depuis la région et qui sont inconnus dans les communes. Nous avons dit qu’à Dschang l’on ne laissera plus des choses comme cela se reproduire, » laisse entendre Jacquis Kemleu qui a ajouté à l’adresse du représentant du MINEE : « Tout récemment, quand nous faisions le tour pour évaluer les points d’eau non fonctionnels de la municipalité, nous avons découvert un point d’eau réalisé qui coule de l’argile. Cela veut dire que l’ouvrage n’avait pas été bien tubé, autrement dit, il n’y a pas eu de suivi au moment de sa réalisation pour que l’on y intègre des massifs filtrants nécessaires à la purification de l’eau. Alors que c’est vous l’ingénieur, il faut faire attention ! »
LE SECRET DE LA MANDATURE DES DÉFIS PARTAGÉ
Le Maire de Dschang a aussi fait savoir à son auditoire que pour réaliser par un forage, il faut s’assurer qu’une étude géophysique et hydrogéologique faite par des mains expertes montre qu’il y a un potentiel, là où l’on est en train de chercher de l’eau. « N’allez pas gratter le sol pour avoir l’eau de surface qui résulte de la saturation du sol quand il pleut et penser que c’est de l’eau potable. Et être surpris qu’après trois mois, dès le premier mois de la saison sèche que, votre eau se dessèche. Cela signifie que la nappe phréatique n’a pas été atteinte », a-t-il martelé.
Au sujet des captages sur des sources naturelles, l’édile de Dschang a précisé qu’il faut que lesdites sources soient productives. Selon lui, « Le problème qui se pose, ici, c’est que souvent, les études sont menées ou sont faites par des mains inexpertes ; des marchés sont passés à des gens qui n’ont aucune qualification, aucun équipement et l’on est étonné que le résultat ne soit pas probant. Bref, il faut faire des études, avoir des cadres de devis, savoir où l’on va trouver de l’eau, connaitre les profondeurs approximatives, et l’on a le résultat. C’est ça le secret de la mandature de défis de la commune de Dschang : étudier, maturer les projets, passer convenablement les marchés, contrôler les travaux. Et en les réceptionnant dans les règles de l’art, l’on est sûr que l’on a des résultats efficients ».
CDB/AN