À l’issue de la session ordinaire du conseil municipal dédié à l’analyser et l’adoption des comptes communaux pour l’exercice 2021, le Maire Jacquis Gabriel Kemleu Tchabgou est, face à la presse, revenu sur les délibérations qui ont été prises, notamment sur celle l’autorisant à engager l’institution communale dans la société de développement. Dans ce texte que nous vous proposons, le premier Magistrat Municipal expose les motifs ayant milité pour ces délibérations.

« …Il s’agit de réfléchir sur la mise en place des dispositifs qui permettent de capter des fonds d’investissements. Vous savez que notre pays est nanti de ressources, nous avons plus de 300 minerais qui ont été identifiés mais qui ne sont pas exploités. L’Etat aujourd’hui fait face à des difficultés d’ordre sécuritaire, vous avez le phénomène boko haram, vous avez le NOSO, vous avez l’insécurité aux frontières de la RCA et on vit actuellement les effets néfastes de la guerre en Ukraine. L’Etat donc ne mobilise plus en temps réel les ressources dont les territoires ont besoin et du coup, il faut imaginer des techniques qui permettent de trouver les moyens qui vont davantage booster les actions que nous avons définies ; notamment le relèvement de l’offre en eau potable, en énergie et des infrastructures.

Nous avons donc mené une réflexion dans le cadre de la convention « universités municipales » pour voir ce que nous pouvons faire pur capter les fonds d’investissement. Des échanges nous ont même permis d’arrêter une formule, c’est celle de la mise en place d’une société de développement de la Commune de Dschang où cette dernière prendra des participations et dans laquelle nous aurons des opérateurs économiques de la Menoua et au-delà de la Menoua. Cette société va donc permettre de donner une nouvelle confiance aux investisseurs, car vous savez que le code général de la décentralisation donne la possibilité aux magistrats municipaux de développer le potentiel de leurs territoires et vous savez également que beaucoup d’investisseurs ne savaient pas que cette possibilité existait.

Nous avons déjà rappelé lorsque nous avons eu l’opportunité de nous adresser au MEDEF (patronat français) l’année dernière et aujourd’hui, il fallait qu’on ait le dispositif qui rassure. Rassure, en ce sens où ce n’est plus une société où le maire a la main mise, ou l’autorité administrative a la main mise ; c’est une société qui est régie par les règles de droit privé et qui est destinée à produire des bénéfices tout en développant la cité dans laquelle elle existe. C’est donc la mise en place d’une société pour le développement de la Commune de Dschang où Dschang prendra des participations et la participation la plus importante pour que l’Etat reste maitre du développement de son territoire. Cette société va donc permettre comme vous avez dû le constater de mettre en branle une société de transport urbain. Nous sommes dans une ville universitaire et on ne peut pas comprendre que des étudiants aillent en classe en moto ; on ne peut pas comprendre que dans une ville touristique comme celle-ci, à l’arrivée du touriste qu’il prenne la moto. Dans un départ, les voies centrales qui sont bitumées vont recevoir des bus qui vont être mis en place à travers ce dispositif où des investisseurs viennent mettre les moyens et sont sûrs qu’ils ne font pas de l’aumône. À l’époque on parlait beaucoup plus de partenariats et jumelages, aujourd’hui, il faut aller au-delà, il faut des gens qui vont mettre les moyens, des milliards pour qu’on dise qu’on a construit un nouveau réseau d’eau à Dschang, réseau auquel tout citoyen qui a ses moyens peut s’abonner pendant que la commune va continuer à jouer son rôle social dans l’arrière-pays en accompagnant. Également, cette société communale va permettre de capter les fonds pour améliorer la collecte des déchets ; car vous l’avez suivi dans une délibération et c’est important de savoir que l’Etat a libéralisé ce secteur et qu’il n’y a plus seulement une seule société qui détient le monopole de la collecte des déchets au Cameroun. Chaque commune doit travailler pour trouver celui ou la structure qui peut l’aider à collecter les déchets.

Vous savez tous que si Dschang a souffert à un moment, c’était à cause de la difficulté pour elle de collecter ses déchets. Aujourd’hui on a la possibilité à travers trois délibérations de prendre des actions dans la société de développement de la commune ; de prendre des actions dans la structure qui sera agréée pour faire le transport urbain ; de prendre des actions dans la structure qui va collecter les déchets en accompagnant la collecte participative qui est déjà faite par la société civile. Il faut qu’on comprenne qu’on n’est pas en train de donner tout notre potentiel de collecte à une structure ; on est en train de se faire accompagner. Vous voyez que nos outils de collecte ont vieilli, on a perdu un camion à compaction, on a un autre camion à compaction et un camion Benz qui ont déjà dépassé le niveau d’amortissement acceptable. Parce que la comptabilité analytique nous montre qu’on doit déclasser ces camions, mais on n’a pas encore les moyens pour le faire. On veut quelqu’un qui nous accompagne le temps que nous puissions acquérir cet outil fondamental pour collecter le déchet, le valoriser, le traiter et en faire du compost. Vous avez suivi que l’agence municipale de gestion des déchets (AMGeD) qui est une innovation de la Commune de Dschang a produit une somme qui n’était pas imaginable de près de 324 000 000 frs. C’est donc quelque chose d’essentiel et on se rend compte qu’en assainissant, en collectant le déchet, on crée des emplois, on crée des revenus et on crée même la croissance. Parce que le seul fait qu’on ait dit avoir engraissé les stades d’Olembé et de Japoma, ça nous a donné des ressources importantes et nous nous rendons compte qu’on accompagne maintenant ceux qui font de l’agriculture dans la ville de Dschang et au-delà en leur donnant du compost. Quand on sait qu’aujourd’hui un sac de fiente coute 3800 frs, l’engrais est passé de 16 000 frs à 30 000 frs le sac ; le compost on est à peine à 2500 frs ; vous comprenez qu’on reste dans le social, mais tout en capitalisant ce potentiel. C’est ce que nous nous attelons à faire et c’est aussi ce qui justifie qu’on ait trouvé un autre levier pour booster notre développement. Vous avez certainement entendu parler des contrats plans, qui sont un dispositif que l’Etat du Cameroun a mis en place pour les projets qui atteignent le milliard. Nous avons voté une délibération qui nous permet de rentrer dans ce dispositif pour travailler dans le cas des voiries urbaines. Vous savez aussi bien que la Commune de Dschang souffre d’un problème de voirie, donc les bus que nous voulons acquérir ne circuleront que sur les voies principales, il faut bien qu’on réfléchisse sur comment ils peuvent aller dans les voies secondaires pour gérer la question de mobilité. Voilà en gros ce qui nous a préoccupés aujourd’hui et comment nous avons fait pour être sûrs que vous et nous qui sommes des populations de Dschang allons améliorer le cadre de notre vie… ».

D. Tsapgou